Afin de définir le projet en lui-même, je me contenterai de décrire le cheminement qui m’a amené à projeter ce voyage. J’espère que cela sera suffisant pour vous donner une idée de l’état d’esprit qui m’anime et qui nourrira donc le projet. Ce dernier étant, par définition, en perpétuelle construction et en révision continue.
Au départ, c’est un profond désir de m’échapper d’un chemin conventionnel : celui d’un petit citadin, pas trop maladroit dans les études, et qui, de ce fait, doit trouver un bon boulot (c'est-à-dire un travail dont la paie est suffisamment importante pour susciter l’admiration et le respect de ses concitoyens) et s’installer dans la tranquillité d’une vie bien rangée (c'est-à-dire une existence dans laquelle les seuls imprévus pouvant survenir sont les atroces grèves de métro ou l’horrible panne de la machine à café).
J’ai effectivement réuni les conditions pour suivre un tel destin : j’ai grandi à Paris puis à Vanves, ma scolarité fut sans accroc et j’ai même rencontré des conseillers d’orientation (je ne les remercierai jamais assez pour leurs précieux conseils).
Par la suite, j’ai usé les bancs des facultés parisiennes. En effet, malgré l’insistance de certains professeurs, j’avais choisi de renoncer à la prépa (la « voie royale ») car je souhaitais disposer d’un peu de temps libre pour voyager, faire du sport et m’amuser avec mes amis ; inconscience d’un jeune homme (prêt à mettre en péril ses chances de réussite professionnelle) qui s’éloignait doucement mais sûrement des bureaux…
Puis, j’ai pris cette « folle » décision de poursuivre mes études à Marseille (ville sale et dangereuse avec l’un des taux de chômage les plus élevés de France). Rencontres, découvertes de paysages et d’activités ont accompagné ces années. Le soleil, la bonne humeur des gens, les barbecues sur la plage, les randonnés dans le Lubéron, l’escalade dans les Calanques, les weekends dans les montagnes des Alpes de Haute Provence… Bref, comme on me l’avait prédit, j’ai vécu un véritable cauchemar et je regrettais déjà mon choix d’avoir quitté ma si paisible banlieue parisienne! C’est d’ailleurs durant cette période que naquit, avec un hurluberlu rencontré au lycée, l’ébauche du projet seapossible ; cette idée saugrenue reflétant parfaitement le mal être et le manque d’ambition qui caractérisent les moutons égarés.
Une dernière année d’étude à Grenoble m’a permis de me rendre compte à quel point il était risqué, irresponsable et désagréable de pratiquer la randonnée, le snowboard et l’escalade dans les différents massifs des environs. Voilà pourquoi, dès qu’il fallut rentrer dans la « vie active », j’ai choisi de m’installer dans les Hautes Alpes, département bien connu pour son pôle industriel et son attractivité économique, ce qui s’accordait fort bien avec la soif de travail qui m’animait à l’époque ! Malheureusement, tout ne fut pas si facile et j’ai dû faire preuve de ténacité (ne pas lâcher les prises quand les membres commencent à trembler) et d’audace (être le premier sur les pistes le lendemain d’une grosse chute de neige) pour m’insérer dans cette région.
Malgré mon désir intense de stabilité, j’ai été contraint de voyager un peu partout en France, parfois pendant de longs mois, pour trouver de nouvelles perspectives professionnelles (on m’avait pourtant prévenu que le monde du travail était impitoyable). Ainsi, je me suis dirigé vers plusieurs sites majeurs de l’emploi (Alpes, Drôme, Ardèche, Lot, Lozère, Bretagne, Pyrénées et dernièrement Massif central) où j’ai engrangé de nouvelles expériences (alpinisme, surf, bateau) que je ne manquerai pas de faire valoir dans mon CV.
Cependant, la conjoncture actuelle ne me permet pas d’envisager une carrière en France (les experts économiques sont unanimes à ce sujet). Il est donc grand temps de mettre en œuvre le projet seapossible. Ce projet étant à la fois financier (placer toutes ses économies dans un investissement sûr et rentable tel un bateau) et professionnel (parcourir plusieurs pays pour pouvoir se lancer enfin dans le business international), je n’ai aucun doute concernant sa réussite ! Enfin, il ne faut surtout pas oublier l’aspect humain d’un tel projet : ce voyage me permettra certainement de me séparer de la femme que j’aime et de perdre deux de mes meilleurs amis à tout jamais ! Que du bonheur en perspective…




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